Blogue · Décarbonation · 22 octobre 2025
Boucles énergétiques : tous pour un, un pour tous!
Daniel Robert explique comment les boucles énergétiques — des réseaux thermiques de quartier qui mutualisent chauffage et climatisation — peuvent décarboner les villes et zones industrielles du Québec à moindre coût, exemples concrets à l'appui de Montréal à Gatineau, Sherbrooke et Toronto.

Cet article est rédigé par Daniel Robert, vice-président principal, Projets spéciaux, et a été publié dans le magazine GESTION IMMOBILIÈRE. Pour lire l'article complet dans le magazine, vous pouvez y accéder via le lien suivant : Gestion immobilière – N°3 – septembre 2025
À l'automne 2024, Énergir a publié un article très intéressant sur un concept qui, à mon avis, prendra de plus en plus de place au Québec : les boucles énergétiques. Ce texte s'inspire de cet article et présente des exemples de projets concrets qui valorisent au mieux la chaleur résiduelle en milieu urbain et industriel.
À une époque où la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la valorisation de la chaleur résiduelle pour optimiser la consommation d'électricité sont devenues prioritaires, les boucles énergétiques s'imposent comme une solution prometteuse.
Qu'est-ce qu'une boucle énergétique?
Au sein d'un même quartier ou secteur, une boucle énergétique est un réseau de distribution énergétique capable d'offrir des services de chauffage et de climatisation.
Ce type de réseau nous aide à atteindre nos cibles sociétales de décarbonation à moindre coût, puisque des économies d'échelle sont réalisées sur les sources d'énergie qui alimentent les centrales de chauffage urbain. Les boucles énergétiques peuvent être alimentées par la géothermie, l'énergie solaire, la récupération de chaleur résiduelle (WHR), qui capte la chaleur excédentaire d'une centrale exothermique pour chauffer les bâtiments voisins, ou toute autre source d'énergie renouvelable disponible. La demande de pointe peut être comblée par le gaz naturel renouvelable, combiné à des stratégies de stockage thermique pour réduire l'impact GES.
Les exemples de boucles énergétiques réussies au Québec et au Canada sont nombreux. En voici quelques-uns :
- Aujourd'hui, ÉCCU (anciennement CCUM) gère l'un des plus importants réseaux de chauffage et de climatisation urbains au Canada. Avec trois réseaux souterrains distincts pour l'eau chaude, la vapeur et la climatisation, ÉCCU alimente près de 2 millions de mètres carrés de bâtiments à usages mixtes au centre-ville de Montréal. Grâce à près de 10 millions de dollars d'aide du gouvernement du Québec, ÉCCU produit désormais son eau chaude et sa vapeur à partir de sources d'énergie renouvelables. Cet investissement permet la décarbonation d'une partie majeure du centre-ville à moindre coût, puisque tous les utilisateurs bénéficient d'importantes économies d'échelle.
- La boucle énergétique de Zibi à Gatineau est un autre exemple de réseau thermique qui alimentera à terme plus de 2,4 millions de mètres carrés de bâtiments à usages multiples, en utilisant les rejets de l'usine Kruger pour le chauffage et la rivière des Outaouais voisine pour le rejet pendant la saison chaude.
- Dans le cadre du projet District Humano, l'Université de Sherbrooke utilise un système de boucle énergétique pour récupérer la chaleur résiduelle de son centre de calcul quantique hybride. Le système récupère la chaleur pour chauffer des bâtiments, dont des unités résidentielles et un ancien couvent, selon la saison.
- Le réseau de chauffage et de climatisation urbains de Toronto, géré par Enwave, est un système unique qui utilise l'eau froide du lac Ontario pour climatiser les bâtiments du centre-ville. Le système pompe l'eau froide à 83 m de profondeur dans le lac Ontario, à 5 km du rivage, et a permis de réduire de 90 % la consommation électrique des refroidisseurs et d'économiser 714 millions de litres d'eau en éliminant les tours d'eau. Soixante-quinze bâtiments du centre-ville de Toronto sont actuellement raccordés à ce système haute performance.
- Bien entendu, il y a de nombreux autres exemples ici même à Montréal : Espace Montmorency construit par Montoni et l'écoquartier du Technopôle Angus, pour n'en nommer que deux.
Quels sont les principaux bénéfices des boucles énergétiques?
Les boucles énergétiques présentent un intérêt majeur pour les municipalités en milieu urbain et les utilisateurs en zones industrielles. En centralisant les systèmes de chauffage et de climatisation, elles réduisent les émissions de GES, contribuant à améliorer la qualité de l'air, à optimiser la consommation d'eau et à atteindre les objectifs de décarbonation. De plus, en minimisant les rejets de chaleur dans l'atmosphère, elles aident à atténuer les îlots de chaleur urbains, améliorant le confort des gens, particulièrement durant les mois d'été. Enfin, ces infrastructures s'inscrivent dans la transition énergétique, soutenant l'économie durable tout en aidant à atteindre les cibles environnementales fixées par les autorités locales, provinciales et fédérales.
Quels sont les facteurs clés de succès des boucles énergétiques?
L'un des critères clés du succès d'une boucle énergétique est la densité urbaine, ou la proximité de deux entités ayant des besoins énergétiques complémentaires, comme une serre et une aluminerie. En effet, un certain volume d'énergie est requis par mètre de réseau déployé pour rentabiliser l'infrastructure énergétique centralisée.
Le succès d'un projet de boucle dépend également de la mixité des usages au sein d'un quartier ou d'un secteur. Tirer parti des variations des besoins énergétiques entre différents bâtiments est non seulement efficace sur le plan énergétique, mais aussi avantageux sur le plan économique : la chaleur résiduelle des bâtiments et des industries offre une énergie thermique gratuite, et sa récupération donne naissance à un modèle d'économie circulaire, puisque la sortie de l'un peut devenir l'entrée de l'autre.
Avec la bonne planification et une forte volonté politique, le Québec a tout ce qu'il faut pour devenir un leader des boucles énergétiques et des réseaux énergétiques urbains. Toutefois, pour que ces projets voient le jour, une approche intégrée impliquant l'ensemble des parties prenantes en amont est définitivement la voie à suivre. Les promoteurs immobiliers doivent adapter leurs pratiques de construction pour favoriser l'intégration de sources d'énergie centralisées et renouvelables, afin d'améliorer la performance environnementale de leurs projets.
Tous pour un, un pour tous!
Note : Pour en savoir plus sur le sujet, consultez le document Opportunités et règlementations favorisant le déploiement des boucles énergétiques, rédigé par le Réseau Énergie et Bâtiments. L'Alliance pour la décarbonation des bâtiments a également lancé une étude nationale sur le potentiel des boucles énergétiques; pour en savoir plus sur le projet, suivez ce lien : https://buildingdecarbonization.ca/fr/boucles-energetiques/
Références : — Article d'Énergir : https://combeq.qc.ca/2024/12/10/les-boucles-energetiques-une-solution-gagnante/ — Article de Gestion immobilière : https://jbcmediakiosk.milibris.com/reader/b389d544-4734-4814-91ad-f8ad61c9365b?origin=%2Fgestion-immobiliere%2Fgestion-immobiliere%2Fn3-2025








