Blogue · Décarbonation · 10 décembre 2023
Qu'est-ce que la décarbonation?
Daniel Robert expose les arguments d'affaires en faveur de la décarbonation de l'immobilier commercial : 40 % des émissions mondiales proviennent du bâtiment, les cibles 2030 et 2050 sont serrées, et les subventions québécoises font d'aujourd'hui un moment particulièrement avantageux pour agir.

Développement durable
Par Daniel Robert, ing.
L'Accord de Paris de 2015 a changé la donne dans les efforts mondiaux de décarbonation. Avec son objectif à long terme de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, les parties prenantes doivent adopter des mesures plus robustes et concrètes. Le secteur du bâtiment représente à lui seul 40 % des émissions mondiales de carbone. Décarboner ce secteur est donc essentiel pour respecter les engagements de l'Accord de Paris et les objectifs de développement durable des Nations unies. Décarboner l'immobilier ne fait pas que répondre à des défis environnementaux mondiaux : cela peut aussi réduire les coûts d'exploitation et préserver la santé et le bien-être des occupants.
Deux années pivots dans le processus de décarbonation sont 2030, avec une cible de 50 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), et 2050, avec une cible de carboneutralité. Étant donné que 80 % des bâtiments actuels seront encore debout en 2050, décarboner l'immobilier existant est non seulement essentiel pour lutter contre les changements climatiques, mais offre aussi un moyen de réduire les coûts opérationnels des immeubles commerciaux. Le cadre bâti a des implications majeures sur le réchauffement planétaire, et nous avons l'expertise, la technologie et l'expérience pour réduire les GES; alors faisons-le.
Les investisseurs rééquilibrent leurs portefeuilles pour s'aligner sur l'Accord de Paris, plaçant les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), ainsi que les changements climatiques, au cœur de leur stratégie d'investissement. Les membres de la Net Zero Asset Owner Alliance, qui représentent environ 5 billions de dollars d'actifs, se sont engagés à transitionner leurs portefeuilles vers des émissions nettes nulles d'ici 2050. Dans le cadre de Climate Action 100+, plus de 500 investisseurs mondiaux représentant plus de 47 billions de dollars d'actifs exhortent les entreprises dans lesquelles ils investissent à s'engager dans des stratégies d'affaires carboneutres et à divulguer les risques liés au climat selon les recommandations du Task Force on Climate-related Financial Disclosures. Pourquoi est-ce une bonne nouvelle? Parce que l'industrie de la mécanique du bâtiment est bien placée pour en bénéficier, puisqu'elle fait partie de la solution!

Ce n'est pas que l'aspect financier qui compte; les attentes des employés, des clients et des locataires sont également cruciales. Ils exigent des bâtiments plus respectueux de l'environnement. De nombreuses enquêtes mondiales auprès des milléniaux révèlent que les changements climatiques et la protection de l'environnement figurent parmi leurs principales préoccupations. Par ailleurs, un sondage indique que 74 % des clients attendent des entreprises qu'elles s'approvisionnent en électricité de sources renouvelables.
Qu'est-ce qui freine la décarbonation dans le secteur immobilier?
Injecter du capital dans les technologies propres peut sembler difficile à justifier, surtout dans un contexte de taux d'intérêt élevés, de faibles taux d'occupation et d'un marché immobilier incertain. Ainsi, plusieurs propriétaires suspendent leurs projets d'immobilisations, y compris ceux visant l'efficacité énergétique. Travailler avec des conseillers qui comprennent les défis de la décarbonation, ont mené à bien plusieurs projets, savent tirer parti des généreuses subventions gouvernementales et se concentrent sur les projets déjà budgétés (le plus souvent liés à l'entretien des actifs) est la meilleure façon d'avancer. La nécessité de réduire l'empreinte carbone n'est pas une mode passagère, et reporter ces projets en espérant que la pression environnementale s'apaise n'est pas une solution.
Comment un propriétaire peut-il naviguer dans les eaux incertaines de l'industrie et de la pression des investisseurs pour décarboner?
Dans un projet de renouvellement d'actif, prenez le temps de considérer les besoins immédiats et, surtout, futurs du bâtiment plutôt que de simplement remplacer les équipements par des plus récents aux caractéristiques environnementales similaires. Compte tenu des bénéfices globaux et des subventions qu'un propriétaire peut obtenir, ainsi que de la valeur ajoutée et de la capacité à louer ou vendre l'actif à moyen et long terme, les coûts additionnels peuvent être justifiés.
Y a-t-il des différences entre les provinces concernant les subventions et les résultats des projets de décarbonation?
Il est actuellement très avantageux d'entreprendre un projet de décarbonation au Québec. Les subventions gouvernementales modifient l'équation financière, alors qu'en Ontario, il peut falloir entre 10 et 12 ans, voire plus, pour récupérer le capital investi — la moitié du temps au Québec. Note : les projets dont le seul objectif est la décarbonation ne génèrent généralement pas de retour sur investissement. Les coûts de mise en œuvre sont importants et varient selon le type et la configuration des systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (CVAC) et des réseaux hydrauliques existants des bâtiments. Il est donc essentiel d'effectuer ces travaux dans le cadre d'un renouvellement d'actif.
Le design-construction peut-il être envisagé dans des projets de décarbonation?
Puisque la performance énergétique est au cœur d'un projet de décarbonation et exige une approche intégrée, le design-construction est la meilleure façon d'y parvenir. Selon l'approche traditionnelle (design-soumission-construction), les consultants conçoivent et les entrepreneurs construisent. Ainsi, le concept final est loin d'être optimal en matière de coûts d'installation et d'exploitation. Pour bénéficier pleinement des avantages et des subventions offertes, il est impératif qu'un modèle énergétique soit développé dès l'ingénierie préliminaire et utilisé pour guider la sélection des systèmes.
Quelle est l'urgence? Pourquoi maintenant?
Les objectifs de carboneutralité des villes comme Montréal, Québec et Toronto exigent que les propriétaires de résidences privées ou de bâtiments décarbonent leurs actifs d'ici 2040. C'est très ambitieux! Rien qu'à Québec, Montréal, Ottawa et Toronto, on compte plus de 15 000 bâtiments commerciaux, de bureaux, industriels et résidentiels de plus de 5 000 m². Tous nécessiteront une forme de modernisation de leurs systèmes CVAC au cours des 17 prochaines années. Faites le calcul : c'est près de 900 projets de modernisation par année — et seulement dans l'est du Canada!
Il est clair que les besoins dépassent les moyens de mise en œuvre. Les groupes qui s'attaqueront en premier à la décarbonation auront une longueur d'avance, puisqu'ils s'assureront du financement pour financer ou refinancer leurs actifs et négocieront plus efficacement leurs prix de revente.
Y a-t-il des groupes qui décarbonent leur portefeuille?
Déjà, des leaders de l'industrie comprennent la nécessité d'être pleinement engagés et l'avantage stratégique d'amorcer le processus de décarbonation le plus tôt possible. Bientôt, les propriétaires réaliseront que la décarbonation est une nécessité, et non une option. À ce moment-là, les listes d'attente seront très longues. En s'attaquant à la décarbonation maintenant, les propriétaires visionnaires stabilisent leurs investissements tout en assurant la pérennité de leurs loyers et en consolidant la valeur de leurs actifs. Pour eux, la décarbonation n'est plus perçue comme une obligation réglementaire ou une nécessité environnementale, mais comme de la gestion du risque opérationnel.
Est-il possible de simplifier l'enjeu de la décarbonation?
Le terme « décarbonation » et l'éventail de mesures qu'il englobe demeurent très flous. Toutefois, en ajoutant les critères ESG à l'équation, il est possible de mobiliser plusieurs parties prenantes et décideurs. Si la conversation glisse cependant vers le carbone intrinsèque, elle risque de devenir plus philosophique que pratique. Évitez ce piège et concentrez-vous sur les GES.
La réduction la plus significative des GES d'un bâtiment provient d'un changement de comportement des usagers et de la modernisation ou du remplacement des éléments mécaniques. Par exemple, si votre voiture a un vieux moteur V8, le remplacer par un moteur électrique et conduire moins agressivement sont les meilleurs moyens de réduire votre empreinte. En comparaison, gonfler les pneus ou peindre la voiture en blanc aura très peu d'impact. La décarbonation est essentiellement une décision intelligente de renouvellement d'actif. Chaque propriétaire doit mettre à jour son budget d'investissement et planifier les améliorations mécaniques à réaliser au cours des prochaines années, car ce sont des occasions parfaites pour décarboner l'actif.
Quels sont les obstacles à la révolution de la décarbonation dans l'industrie?
La révolution a déjà commencé, menée par les grands fonds d'investissement et de retraite, les banques et les grands propriétaires fonciers. Toutes les grandes entreprises immobilières ont nommé un ambassadeur du développement durable. La plupart ont confié à de grands groupes-conseils le mandat d'élaborer une feuille de route de décarbonation. Certains de nos clients ont déjà décarboné une part importante de leur portefeuille ou réduit leurs émissions de GES parce qu'ils comprennent la valeur ajoutée d'une telle approche.
Malheureusement, l'harmonie ne règne pas entre l'équipe de développement durable et l'équipe des finances. L'une cherche à plaire aux grands investisseurs, l'autre vise le rendement le plus élevé sur l'investissement. Le conflit entre les impératifs environnementaux et financiers demeure l'un des principaux obstacles. Cependant, les banques semblent s'adapter rapidement, imposant de plus en plus à leurs clients la mise en œuvre des améliorations structurelles et opérationnelles nécessaires pour protéger leurs investissements. L'année 2024 devrait marquer l'acceptation de la décarbonation par l'ensemble des acteurs du secteur immobilier, accélérant la révolution.

Soyez préparé, le changement frappe à nos portes!
À propos de Daniel Robert, ing.
À titre de vice-président principal, Projets spéciaux, Daniel Robert, ing., supervise l'ingénierie de projets tout en dirigeant l'équipe des ventes d'une firme d'ingénierie en mécanique du bâtiment qui réalise de nombreux projets clés en main de grande envergure à Montréal et Toronto. Membre actif de l'ASHRAE, il a été président du CTTC (Technology Transfer Committee) à la Society en 2022-2023. Il est membre du comité d'administration provincial et président du comité des membres à la CMMTQ (Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec).








