Les obstacles technologiques limitant l’adoption de réfrigérants à ultrafaible PRP

Cet article est rédigé par Daniel Robert, Vice-président Sénior, Projets Spéciaux, et a été publié dans le magazine GESTION IMMOBILIÈRE. Pour lire l’article complet dans le magazine, vous pouvez y accéder via le lien suivant : Gestion immobilière – N°4 – novembre 2025

La réduction progressive actuelle des réfrigérants à base d’hydrofluorocarbures (HFC) est motivée par leur potentiel de réchauffement planétaire (PRP ou GPW / Global Warming Potential en anglais) modérément élevé. Les secteurs du CVAC et de la réfrigération sont engagés dans une transition globale depuis les 30 dernières années et au moins jusqu’en 2050. Cette transition implique que la majorité des entreprises de ces secteurs utiliseront des réfrigérants de « quatrième génération », comme l’illustre la figure 1. Cependant, certains segments de l’industrie se tournent déjà vers la « nouvelle génération » de réfrigérants à ultrafaible PRP. Malheureusement, des obstacles d’ordre réglementaire limitent leur adoption, principalement en ce qui a trait à leur utilisation sécuritaire.

Une réduction importante sur les émissions de GES a été appliquée en 2024 aux États-Unis et en 2025 au Canada. Suivra une autre réduction en 2029, avant l’étape finale prévue en 2036 qui ramènera les émissions à 15 % du niveau de référence initial. Pour sa part, l’Union européenne prévoit l’élimination complète des GES suivant un calendrier beaucoup plus agressif.


Les réfrigérants de première génération étaient des fluides de travail simplement fonctionnels dans les systèmes de réfrigération mécanique, et nombre d’entre eux se caractérisaient par une toxicité et/ou une inflammabilité plutôt élevées. Les réfrigérants CFC de deuxième génération (ex. : R-11 et R-12) ont été utilisés en raison de leur sécurité accrue grâce à une toxicité moindre et à leur non-propagation de la flamme, mais ont été éliminés à cause de leur impact sur la couche d’ozone. Les réfrigérants HCFC (tel le R-22) et HFC (tels le R-134a et le R-410A) de troisième génération présentaient un potentiel d’appauvrissement de la couche d’ozone faible, mais étaient considérés comme de puissants GES.

La transition vers les réfrigérants de quatrième génération (tels les R-454B, R-32, R-513A, R-515B) offre à l’industrie des options sans potentiel d’appauvrissement de la couche d’ozone et à PRP de faible à modéré. Les propriétaires et utilisateurs finaux de l’industrie qui souhaitent passer directement à la prochaine génération de réfrigérants sont motivés par le besoin de disposer d’options à ultrafaible PRP. Il est intéressant de noter que ces réfrigérants offrent une courte liste d’options qui étaient utilisées lors de la première génération. Nous assistons donc à un retour aux sources.

QUE SONT LES RÉFRIGÉRANTS À ULTRAFAIBLE PRP (GWP) ET POURQUOI CET INTÉRET CROISSANT?

Depuis 2010, les Nations unies ont classé les réfrigérants à ultrafaible PRP comme ayant un PRP inférieur à 10, un PRP très faible inférieur à 100, un PRP faible inférieur à 300 et un PRP modéré inférieur à 1 000.

Le secteur industriel qui recherche des réfrigérants à ultrafaible PRP comprend, dans la plupart des cas, les propriétaires gouvernementaux, les grands propriétaires de bâtiments et les utilisateurs finaux ayant des engagements climatiques ambitieux. Ils s’efforcent activement de réduire leurs émissions de réfrigérants et cherchent à réduire encore davantage le carbone opérationnel.

QUELS SONT LES EXEMPLES DE RÉFRIGÉRANTS A ULTRAFAIBLE PRP (GWP) ET QUELS SONT LES OBSTACLES À LEUR UTILISATION ?


Le tableau 1 présente plusieurs exemples de réfrigérants à ultrafaible PRP, ainsi que des indicateurs dés relatifs aux risques de sécurité associés, dictés par la norme ANSI/ ASHRAE 34-2024, Désignation et classification de sécurité des réfrigérants prenant en compte la toxicité et l’inflammabilité de chaque réfrigérant. Le tableau inclut également des mesures quantitatives de la limite d’exposition professionnelle (LEP), de la limite de concentration du réfrigérant (LCR) et de la limite inférieure d’inflammabilité (LII).

La plupart des réfrigérants à ultrafaible PRP présentent des risques plus élevés en matière d’inflammabilité, de toxicité, ou des deux. On y retrouve des réfrigérants hydrocarburés (catégorisé A3), notamment le propane, le butane et l’isobutane. Leur utilisation s’est récemment développée dans le segment d’application tel que les réfrigérateurs domestiques, les distributeurs automatiques réfrigérés et les refroidisseurs de bouteilles ainsi que les comptoirs réfrigérés des supermarchés, aussi bien en Europe et en Asie qu’en Amérique du Nord.

Poussés par des normes énergétiques de plus en plus strictes, les fabricants de ces produits ont choisi l’isobutane et le propane pour leur capacité à respecter ces normes de manière rentable tout en maintenant une charge de réfrigérant extrêmement faible, gage de sécurité.

L’UTILISATION DES RÉFRIGÉRANTS HYDROCARBONÉS DANS LES RÉFRIGÉRATEURS VA-T-ELLE S’ÉTENDRE AUX PRODUITS DE CLIMATISATION ?

En Europe et en Australasie, des climatiseurs à base d’hydrocarbures ont été développés et sont utilisés dans les logements et les petits bâtiments commerciaux. Déjà en Europe, on voit des refroidisseurs refroidis à l’air de plus de 100 tonnes opérant au propane. Aux États-Unis ainsi qu’au Canada, l’utilisation de systèmes réfrigérants hydrocarbonés dans les systèmes CVAC est restreinte en raison des limitations imposées par la norme ASHRAE 15-2024, ainsi que par les codes modèles tels que la CSA-B52-2023 qui adoptent ou adaptent les dispositions de la norme ASHRAE. Il est à noter que l’ASHRAE 15-2024 autorise l’utilisation d’hydrocarbure dans des unités frigorifiques, mais les quantités admises sont si petites (de l’ordre de 100 à 150 g) qu’elles ne peuvent convenir à des systèmes de grande capacité. Quelques exceptions existent, mais en général, la réglementation nord-américaine ne favorise pas l’utilisation des réfrigérants hydrocarbonés à ultrafaible PRP (GWP)… Dommage !

LA NORME ASHRAE 15-2024 AUTORISE-T-ELLE L’UTILISATION D’AUTRES FLUIDES FRIGORIGÈNES À ULTRAFAIBLE PRP (GWP) ?

Oui. La norme contient des exigences bien établies pour les fluides frigorigènes du groupe A1 et B1 et de nouvelles exigences pour les fluides frigorigènes du groupe A2L. Comme l’indique le tableau 1, des options à ultrafaible PRP (GWP) sont disponibles dans ces groupes de sécurité, et leur déploiement est permis.

Conclusion

En tant que professionnels, nous avons l’obligation d’accorder une importance primordiale à la sécurité des occupants de nos bâtiments.|

Étant donné que plusieurs réfrigérants à ultrafaible PRP (GWP), comme les hydrocarbures, sont très performants, et économiquement viables, mais présentent une inflammabilité élevée, il sera donc essentiel d’affiner les normes ASHRAE 15-2024 et CSA-B52, entre autres, afin de bien encadrer leur utilisation sécuritaire dans le secteur du bâtiment, et ce, le plus rapidement possible.

Actuellement, des agences gouvernementales, des laboratoires nationaux, des organisations non gouvernementales, l’ASHRAE, des fabricants d’équipements, des propriétaires et d’autres acteurs unissent leurs forces pour mener les recherches nécessaires à l’application sûre des réfrigérants A3. Les recherches devraient fournir les bases techniques permettant la révision des normes de sécurité, qui, à leur tour, alimenteront les codes modèles. Notons que cette transition vers les réfrigérants remonte à plusieurs réfrigérants utilisés pour la première fois dans les systèmes de réfrigération mécanique du 19e siècle. Notre défi aujourd’hui est de garantir leur utilisation responsable et sécuritaire dans un futur proche. Il en va de l’avenir de la planète !

Références :
– Article de Gestion immobilière ; https://jbcmediakiosk.milibris.com/reader/b389d544-4734-4814-91ad-f8ad61c9365b?origin=%2Fgestion-immobiliere%2Fgestion-immobiliere%2Fn3-2025

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